À propos de la ferme

L’activité a démarré en 2022, à Montboucher, en Creuse, sur une petite ferme traditionnelle qui était à l’abandon depuis une vingtaine d’années. Le terrain occupe environ 2 hectares, dont une bonne partie est constituée d’une zone humide. Avec très peu d’interventions humaines durant deux décennies, la végétation spontanée s’est beaucoup développée. Le lieu est recouvert et entouré de nombreux arbres et arbustes : quelques fruitiers, et de nombreux noisetiers, châtaigniers, saules, sureaux… Une grande biodiversité est présente et favorise tous les hôtes de la ferme : les plantes et animaux dits sauvages, mais également les plantes cultivées et les habitants !
Les cultures sont installées sur une ancienne prairie qui n’était plus pâturée depuis longtemps, ce qui est un avantage pour la fertilité du sol ; celle-ci s’est confirmée à travers la bonne santé et la vigueur des plantes. Les planches de culture occupent environ 500 m2 en plein champ, et 150 m2 sous serre. Le puits de la ferme fournit toute l’eau nécessaire à l’arrosage. Le sol argileux a une bonne rétention d’eau, et sa texture initiale était assez bonne.
Les alentours sont relativement préservés, on y trouve une majorité de prés et de forêts, ainsi que quelques champs. On peut observer par ici de nombreux animaux sauvages.
Méthodes de culture
Les plantes apprennent des différentes situations qu’elles rencontrent et “gardent en mémoire” les mécanismes qu’elles ont utilisés pour y faire face. C’est ce qui leur permet de survivre et d’évoluer. Les graines sont porteuses des informations intégrées par la plante génération après génération
Lorsque vous utilisez des graines provenant d’un semencier local, vous êtes assuré que les graines ont été familiarisées avec les conditions climatiques locales.
Les plantes s’adaptent aussi aux façons dont elles sont cultivées : sur un sol nu ou couvert, avec ou sans pesticides, sous abri ou en extérieur… C’est pourquoi il est intéressant de connaître les méthodes qui ont été employées pour cultiver les “porte-graines” (nom donné aux plantes sur lesquelles sont prélevées les graines) dont sont issus les semences que vous utilisez au jardin.
Pour vous expliquer à quoi ont été habituées mes graines, et éventuellement vous inspirer si vous cherchez des conseils, voici la façon dont je procède sur la ferme :



Préparation du sol
Ma démarche s’accorde avec les principes du “Maraîchage sur sol vivant” (principes agricoles qui remettent le sol au cœur du système de culture en garantissant le gîte et le couvert à la macro et microfaune du sol).
Le travail du sol est effectué par la multitude d’organismes vivants qui vivent dans la terre (vers de terre, insectes…). Afin de les protéger, j’évite les interventions qui perturbent le sol (labour, bêchage…).
Occasionnellement, si la terre semble un peu compactée, je passe un coup de “grelinette” (fourche à bêcher à deux manches, permettant, du fait de ses dents perpendiculaires aux manches, d’ameublir la terre sans la retourner).
Mes planches de culture sont couvertes successivement par :
– un “engrais vert” (aussi appelé “couvert végétal” : culture intermédiaire destinée à couvrir le sol pour le protéger des intempéries, et à le nourrir via l’apport de matière organique) pendant l’hiver
– de la matière organique végétale (feuilles mortes, paille, broyat…) qui va nourrir la vie du sol en se décomposant et ainsi apporter une fertilisation
– de la toile tissée pour éviter la pousse des adventices et limiter l’évaporation de l’eau du sol tout en permettant le passage de l’eau de pluie.

Semis à la volée
Pour certaines espèces, principalement les engrais verts, je pratique le semis “à la volée” (projection manuelle des graines sur toute la surface à ensemencer, aussi régulièrement que possible). Je découvre alors la terre et égalise légèrement au râteau afin de semer directement au sol, puis je repasse un léger coup de râteau pour enfouir les graines. Je sème de préférence lorsqu’une pluie est annoncée, sinon j’arrose le semis, et maintiens la terre humide jusqu’à la levée.

Semis en place
Avec un sol couvert, mes possibilités de “semis en place” (semis directement à l’endroit où la plante va se développer) se limitent aux grosses graines (petits pois, courgette, capucine…) dont les jeunes pousses réussissent à traverser le paillage.
C’est pourquoi la majorité de mes cultures sont semées en godets puis plantées à travers ce qui recouvre le sol.



Semis en plaques et godets
J’utilise des plaques de semis rigides qui permettent de semer une grande quantité de graines dans un petit espace. Je les remplis de terreau et sème les graines à une profondeur égale à la hauteur de la graine.
Ma serre n’est pas chauffée, je place les plaques de semis à l’intérieur de la maison pour garantir assez de chaleur pour la levée des graines. Une fois que les cotylédons (les deux premières feuilles qui sortent de la graine) sont apparus, je déplace les semis sous la serre afin qu’ils reçoivent assez de lumière, sinon ils “filent” et s’affaiblissent. Je rentre les semis lorsque la nuit s’annonce très froide, et je les ressors le jour.
Lorsque les racines commencent à remplir les mottes de terreau dans la plaque, je transfère les plantules dans un godet plus grand.
Pour l’arrosage des plants je mets 3 cm d’eau au fond d’un grand bac peu profond et je place les godets dans l’eau, ce qui permet de faire remonter l’eau par capillarité : cela habitue les racines à recevoir l’eau par le bas en allant la chercher plus tard dans le sol, et cela permet de saturer d’eau la totalité du terreau au lieu d’arroser uniquement le dessus.



Plantation sur sol couvert
Lorsque les plants ont développé au moins 4 feuilles (en plus des 2 qui sont apparues en premier), ils sont prêts à être plantés. Je fais attention à ne pas faire végéter trop longtemps les plants dans les pots car les racines ont du mal à poursuivre leur croissance lorsqu’elles ont été à l’étroit et se sont emmêlées sur elles-mêmes. Avant la plantation, j’humidifie bien le terreau des plants en les trempant une dernière fois dans le bac.
J’effectue généralement les plantations autour de mi-mai, date à partir de laquelle les gelées ne sont théoriquement plus à craindre.
Pour planter à travers du broyat, j’écarte le broyat, je mets le plant en terre, puis je ramène le broyat au pied du plant et j’arrose pour que la motte de terreau du plant soit bien mise en contact avec la terre autour.
Pour permettre la plantation à travers la toile tissée, j’ai fait des trous en croix dans la toile avec un fer à souder : le fait de faire fondre les bords de la coupure évite que la toile s’effiloche. J’écarte les pans du trou en croix pour planter, puis je ramène les pans autour du pied du plant et j’arrose.


Arrosage
À l’extérieur, pour les semis en place ou à la volée, j’arrose uniquement jusqu’à ce que les graines aient germé.
Pour les plants mis en terre, j’arrose une fois à la plantation, puis s’il fait très chaud et sec pendant les jours qui suivent la plantation, je peux être amenée à arroser pour que la reprise des plants soit facilitée.
Sous serre, je procède de la même manière pour les semis et plantations, puis durant toute la saison j’arrose les plantes une fois par semaine au tuyau d’arrosage, avec l’eau de mon puits.
En hiver, lorsqu’il n’y a plus de plantes sous la serre, j’arrose abondamment une fois par mois pour hydrater le sol et les organismes vivants qui s’y trouvent.




Entretien
Pendant la saison, l’entretien se résume à quelques tâches simples :
– ajouter de la matière organique sur les planches de culture si je vois que l’épaisseur commence à être trop mince
– arroser régulièrement sous la serre
– tuteurer certaines plantes pour gagner de l’espace, notamment sous la serre : tomates, concombres…
Le fait de travailler avec un sol couvert supprime quasiment la totalité du travail de désherbage : ce qui couvre le sol étouffe les adventices.
La fertilité est obtenue naturellement par l’activité des organismes qui vivent dans la terre et digèrent la matière organique apportée en surface. Les plantes se retrouvent dans un milieu riche en nutriments et en bénéficient directement. L’apport d’engrais artificiel devient inutile, voire nuisible car il peut déséquilibrer le fonctionnement des êtres qui vivent dans le sol.
Je n’effectue pas de traitements : lorsqu’une maladie ou un “ravageur” apparaît, les plantes ont généralement assez de ressources pour lutter par elles-mêmes. Cela permet de développer leur résistance. De plus, la diversité de plantes sauvages présentes aux alentours permet d’héberger une grande quantité d’animaux “auxiliaires” qui peuvent également venir réguler la situation. Un environnement riche en espèces végétales et animales différentes est susceptible d’abriter la solution aux déséquilibres passagers que peut rencontrer un jardin potager.
